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Sergei PROKOFJEW
Ouverture sur des thèmes juifs, Op. 34
Orchestre du Théâtre des Champs-Élysées
André JOUVE
21-22 janvier 1955, Théâtre Apollo, Paris

Une courte présentation de l'oeuvre, traduite des notes de R.D. DARRELL publiées en 1972 dans l'album VoxBox SVBX 5123:

L'„Ouverture sur des thèmes juifs“, Op. 34, est la première des trois ouvertures composées par Sergei Prokofjew, l'une de ses compositions relativement précoces les plus curieuses et les plus distinctives. Elle date de ses années new-yorkaises - l'automne 1919, juste après l'achèvement de l'opéra “L'Amour des trois oranges“. La partition inhabituelle - clarinette, piano et quatuor à cordes - de la version originale de l'ouverture s'explique par le fait qu'elle fut écrite pour un tel sextuor, l'ensemble „Zimro“, composé d'anciens condisciples du Conservatoire de Saint-Pétersbourg venus aux États-Unis pour tenter de collecter des fonds en vue de la création d'un conservatoire à Jérusalem. Afin obtenir l'aide de Prokofjew dans leur recherche de nouveaux programmes, ils lui offrèrent un cahier d'airs folkloriques et traditionnels juifs. Après avoir d'abord dédaigné l'idée, Prokofjew se mit néanmoins peu après à improviser des accompagnements au piano sur certains de ces airs et en devint si fasciné qu'en l'espace de deux jours, l'ensemble de la petite ouverture fut ébauché - il n'en fallut que dix de plus pour l'achever. L'ensemble „Zimro“ la donna en première audition publique le 26 janvier 1920 à New York City - l'oeuvre fut publiée la même année par Gutheil.

L'extraordinaire, voire unique, piquant de cette musique la rendit rapidement beaucoup plus populaire que les sextuors contemporains ne le deviennent normalement, et divers chefs d'orchestre/arrangeurs (dont Alfred Cortot était le plus connu) tentèrent d'étendre la partition pour l'exploiter dans des concerts d'orchestre. L'un de ces arrangements (dont beaucoup ne faisaient guère plus que multiplier les parties de cordes) fut utilisé dans la première version enregistrée par un orchestre de salon argentin sur un disque Victor à étiquette noire de la série “étrangère“ au tout début des années trente - un disque qui, pendant quelques années, fut chéri par les discophiles connaisseurs comme une “trouvaille“ rare et précieuse. Ce succès, ainsi que ceux d'autres arrangements, inscita sans doute le compositeur à réaliser sa propre version pour orchestre de chambre.

La partition orchestrale prévoit des paires de flûtes, hautbois, clarinettes, bassons, cors et trompettes, un seul percussionniste et un piano, ainsi que des cordes, dont le nombre est spécifiquement limité à 9 premières, 8 secondes, 7 altos, 6 violoncelles et 5 contrebasses. La courte ouverture est de forme sonate-allegro, dans la tonalité de do mineur, et commence „Un poco allegro“, 2/4, avec huit mesures d'accompagnement “enjolivées“ au rythme entraînant (cordes graves) avant que le thème principal rhapsodique ne soit confié à la clarinette solo, puis au basson. Une préface murmurante mène à un thème lyrique plus soutenu et nostalgique (d'abord pour les violoncelles, puis pour les premiers violons), „Piu mosso, molto espressivo“. Ces deux thèmes sont travaillés avec une imagination irrésistiblement engageante dans de succinctes sections de développement (après une cadence et une pause en ré mineur) et de récapitulation, couronnées par une amusante coda de 21 mesures, basée sur des fragments du premier thème qui sont répétés, accelerando et crescendo, avant les cinq derniers accords ff conclusifs et décisifs.

Cette ouverture a suscité deux légères controverses. L'une porte sur ses matériaux thématiques - dont la nature traditionnelle a été non seulement admise par le com­po­si­teur lui-même, mais affirmée avec assurance par Nestyev, qui reconnaît à Prokofjew “une capacité insoupçonnée à traiter les thèmes folkloriques avec révérence sans sacrifier sa propre individualité créatrice“. En revanche, le biographe français Claude SAMUEL cite un commentateur non identifié qui n'est pas d'accord avec cette affirmation: “C'est l'une des plus belles réussites de Prokofjew que d'avoir constamment inventé des airs que l'on jurerait être des airs folkloriques, tant ils sont caractéristiques du genre“. Selon lui, lorsque Prokofjew attribua ces thèmes particuliers à des origines folkloriques (dans son esquisse autobiographique de 1941), il ne l'a fait que pour s'attirer les faveurs des commissaires musicaux soviétiques, qui insistaient alors fortement sur les vertus du folklore en général.

Les 21 et 22 janvier 1955, dans la salle du Théâtre Apollo de Paris, André JOUVE et l'Orchestre du Théâtre des Champs-Élysées enregistrèrent les trois oeuvres de Sergei PROKOFJEW publiées sur ce disque Ducretet 270 C 076:

-►  Le vilain petit canard, Op. 18, avec Françoise OGÉAS en soliste
-►  Un jour d'été, Op. 65
-►  Ouverture sur des thèmes juifs, Op. 34

Sergei Prokofjew, Ouverture sur des thèmes juifs, Op. 34, Orchestre du Théâtre des Champs-Élysées, André Jouve, 21-22 janvier 1955, Théâtre Apollo, Paris
07:57     
Provenance: Ducretet 270 C 076

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Robert Donaldson DARRELL: 1903, Newton Center (Massachusetts) - 1 mai 1988, Stone Ridge (New York)

Critique musical - il fut l'un des premiers critiques américains à se concentrer principalement sur les enregistrements - auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la musique et les enregistrements - notamment «The Gramophone Shop Encyclopedia of Recorded Music» (1936), la première discographie complète publiée aux États-Unis, «The High Road to Musical Enjoyment» (1943), «The Schirmer's Guide to Books on Music and Musicians» (1951) et «Good Listening» (1953) - il écrivit avec enthousiasme et autorité sur un large éventail de sujets musicaux.

Robert Donaldson Darrell avait étudié la musique au Harvard College et au New England Conservatory jusqu'en 1926. En 1927, il fonda avec Axel B. Johnson la «Phonograph Monthly Review», pour laquelle Darrell fut le seul critique et écrivit souvent sous des pseudonymes. En 1932, il fonda avec M. Johnson un second magazine, «Music Lovers' Guide». Il s'intéressait surtout aux classiques, qu'il chroniqua pour de nombreuses publications, dont Saturday Review, High Fidelity (où il a été chroniqueur de 1954 à 1987), Opus. Au début de sa carrière, il écrivit également sur le jazz. Son article «Black Beauty», publié dans «Disques» en 1932, fut la première étude approfondie de la musique de Duke Ellington.