Racontée par Françoise VINCENT-MALETTRA, qui fut longtemps journaliste à France Culture et France Musique, une courte présentation de l'oeuvre, publiée en 1981 dans le livret de l'album CBS Masterworks (M2 36936 / 79236 / CBS 79236):
"[...] Nous sommes en 1775. Mozart a dix-neuf ans; il revient de Munich où il a présenté son opéra „La Finta Giardiniera” à la Cour de l'Electeur Maximilien III. L'oeuvre a plu. On a beaucoup applaudi, mais on n’a pas retenu le musicien. Il lui faut donc reprendre la livrée du Prince Archevêque Colloredo, continuer de nourrir l’exigeance souvent inhumaine du Prélat. Appointé pour lui donner de la musique, il lui en donne et lui en donnera. Mais quelque chose a changé: à Munich il a respiré cet air „galant”, importé par les français et leur école de violon, qui jouissait alors d’une grande faveur dans la capitale bavaroise. Cette nouvelle utilisation des cordes, cet esprit, cette volubilité de l'instrument soliste, le fascinent au point qu’en quelques mois, du 14 avril au 20 décembre de cette même année 1775, il écrira cinq concertos pour violon, probablement destinés à son propre archet, car, n’oublions pas que sa charge de Konzertmeister obligeait Mozart à tenir le violon solo de l’orchestre de la Cour.
De cet ensemble qui à lui seul suffirait à la gloire concertante de Mozart, le troisième, en sol majeur, Köchel 216, est certainement le plus révélateur du génie qui s’affirme dans l’épanouissement de sa personnalité. Et si l’influence française y est prédominante, la grande école italienne de Locatelli et de Boccherini n’en est pas reniée pour autant. Mais ce qui importe avant tout, c’est que le musicien a trouvé là son propre chant; un chant fait de tendresse, d’esprit, de sensualité, et aussi de force maîtrisée libérant une ampleur symphonique jamais atteinte jusqu’alors.
Les premières mesures de l’Allegro initial nous assurent déjà d’un optimisme sans arrière-pensée, tout de clarté. Alerte et désinvolte, l’orchestre joue sur trois thèmes, préparant l’entrée du soliste qui lui, va mener à sa guise un développement central dont la richesse imaginative et la fantaisie montrent avec quelle liberté Mozart entend exploiter ses récentes acquisitions.
Dans l’Adagio aux accents prophétiques, c’est le grand Mozart qui vient à nous. Pour exposer le thème de la mélodie, un thème d’essence purement vocale, il chosit deux flûtes, les fait accompagner par les hautbois, tout ceci avec une grâce incomparable qui conviendrait à merveille à Fiordiligi ou Donna Anna. Mais voici que bientôt le soliste s’en empare et le déploie en une phrase tantôt passionnée, tantôt pathétique, ponctuée, en de saisissantes modulations, par le murmure constant des triolets.
Et c’est le Rondeau final, gai et pimpant, français de style, parodique d’intention, véritable pot-pourri d’intermèdes variés: on y trouve une Gavotte un peu maniérée, voisinant avec une aimable Pavane et autres Rondes en musette, tandis qu’une délicieuse ritournelle se prodigue, légère et enjouée, d’une danse à l’autre. Mozart s’attarde, invente mille détours avant de prendre congé, pour lasser enfin les vents recueillir la douceur des dernières mesures. [...]"
Dans l'enregistrement proposé ici, Erich SCHMID dirige un orchestre nommé «Radio-Orchestre de Zurich» (*), avec la violoniste Aïda STUCKI en soliste - une prise de son datant de 1960, faite en concert.
(*) Il s'agissait probablement d'un „reste“ de la formation connue auparavant sous le nom d'Orchestre de Radio Beromunster: la fin des années 1950 était marquée par un transfert de l'orchestre de Radio Beromunster vers Bâle, pour des raisons économiques.
Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour violon et orchestre No 3 en sol majeur, KV 216, Aïda Stucki, violon, Radio-Orchestre de Zurich, Erich Schmid, 1960